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Faire un four

être un échec complet
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Pourquoi associe-t-on l’échec à un instrument de cuisson ? Le Robert vous raconte l’origine de l’expression faire un four, en partenariat avec le podcast La Puce à l’oreille de Lucie Bouteloup sur RFI.

Que signifie l’expression faire un four ?

L’expression faire un four signifie « être un échec complet ». Elle s’emploie surtout en parlant d’un évènement censé attirer du public : spectacle, manifestation culturelle… Par exemple, « sa nouvelle pièce de théâtre a fait un four » signifie que la salle était presque vide. Quant à une émission de télévision, si elle a fait un four, cela veut dire qu’elle n’a pas fait beaucoup d’audience.

 

Quelle est l’origine de l’expression faire un four ?

L’expression est assez ancienne puisqu’on a la trouve dès le milieu du XVIIe siècle, d’abord sous la forme faire four. Elle serait née dans les salles de théâtre, mais deux hypothèses s’affrontent quant à son origine.

La plus commune, celle que l’on trouve largement sur internet, nous explique que lorsqu’il y avait trop peu de spectateurs dans une salle de spectacle, on annulait la représentation et on éteignait les chandelles censées éclairer la salle. Il y faisait alors noir… comme dans un four.

Noir comme dans un four est une autre expression (apparue au XVe siècle) qui signifie « très noir ». Si, aujourd’hui, nos fours de cuisine sont vitrés et éclairés, il faut se souvenir qu’autrefois, il s’agissait de fours à bois hermétiquement clos, faits de matériaux opaques comme la terre cuite ou la brique. Aucune lumière n’y pénétrait !

La seconde hypothèse, émise par le spécialiste de l’argot Gaston Esnault et reprise par Alain Rey dans son Dictionnaire historique de la langue française, fait référence à un sens argotique du verbe éclairer au XVIe siècle. Dans la langue des malfrats, éclairer signifiait « payer » (sans doute en raison de l’aspect brillant des pièces d’or). Par exemple, éclairer le tapis, au jeu, c’était mettre devant soi l’argent que l’on voulait jouer. Une pièce qui est un échec ne rapporte pas un sou : elle est donc « non éclairée » au sens figuré. Et ce qui n’est pas éclairé, au sens propre, est noir comme dans un four. C’est ce petit glissement de sens qui aurait donné naissance à notre expression.

Si cette seconde explication peut paraître un peu plus tirée par les cheveux que l’histoire des chandelles, elle tient pourtant la route. Dans l’argot des voleurs, on trouve bien l’expression faire un four au sens de « ramener un porte-monnaie vide ». Et rappelons-nous que les comédiens vivaient autrefois une vie de misère, assez proche de celle des milieux interlopes.

De ces deux hypothèses, libre à vous de choisir celle qui vous semble la plus plausible !

 

Quels sont les synonymes de faire un four ?

Faire un four, c’est être un échec, un fiasco, ou plus familièrement faire un bide ou un flop. On peut aussi parler d’un insuccès – ou pire, d’une catastrophe ou d’un désastre.

Sinon, pour faire preuve de délicatesse, on pourra également dire d’un évènement qui a fait un four qu’il n’a pas trouvé son public ou qu’il n’a pas pris.

 

Géraldine Moinard, lexicographe et directrice de la rédaction (suivre sur Linkedin)

 

Pour en savoir plus, vous pouvez écouter le podcast de La Puce à l’oreille consacré à cette expression sur le site de RFI.

Crédit photo : PeopleImages / Shutterstock

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