Mème

Le mot du jour

Devenu incontournable dans la culture populaire numérique, le mot mème fait désormais intégralement partie de notre vie sur les réseaux sociaux, dans la mesure où il est souvent lié à l’actualité, comme dans l’exemple suivant1.

Fig. 1 : Mème à propos du variant breton du Covid-19, inspiré d’une scène issue de la série Kaamelott.

Ce terme est avant tout un emprunt à l’anglais. Apparu d’abord sous la forme « Internet meme », puis francisé sous la forme « mème », il est entré en 2013 dans Le Robert, avec la définition suivante : « image, vidéo ou texte humoristique se diffusant largement sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux, et faisant l’objet de nombreuses variations ». Cependant, ce mot est dû à une théorie bien spécifique qui n’a, au départ, pas grand-chose à voir avec notre quotidien numérique.

Aux origines du mème

Le mot anglais « meme » est d’abord proposé par Richard Dawkins2 en 1976, par analogie étymologique avec d’autres termes empruntés à la linguistique, comme morphème (la plus petite unité de sens), phonème (la plus petite unité de son) ou lexème (la plus petite unité de lexique, donc le mot) en français. Cette analogie n’a rien d’innocent : elle soutient la théorie philosophique de Dawkins, selon laquelle les memes constitueraient des unités culturelles, transmises et reproduites à travers les comportements des individus.

Du point de vue de sa construction lexicologique, meme constitue une compocation lexicale : il est en effet construit à partir des termes anglais « mimesis » (opération d’imitation) et « gene » (unité permettant la transmission d’une caractéristique héréditaire), qui se retrouvent fusionnés dans une forme spécifique de mot-valise qui rend difficiles les origines morpho-lexicales des deux premiers termes. L’analogie avec « gene » est d’abord phonétique pour l’anglais « meme », mais c’est sa construction morphologique qui le rapproche de « mimesis ».

Du mème culturel à la prédominance du mème numérique

À l’origine, le meme est donc une unité culturelle de sens ; mais la théorie de Dawkins est rapidement critiquée en raison de son déterminisme et de l’image réifiante qu’elle renvoie des pratiques culturelles. En 1999, la théorie est remise au goût du jour par Susan Blackmore3, alors que les memes, dans le contexte d’Internet, commencent à opérer une mue sémantique pendant les années 1990.

De ce point de vue, si meme est d’abord conçu comme un néologisme philosophique, il subit ensuite une opération d’hyponymie, c’est-à-dire que le sens du mot passe d’une définition générale et large (le sens initial de meme) à une définition plus spécifique et contextuelle (le sens du meme dans le contexte numérique). En effet, si les « Internet memes » représentent d’abord une déclinaison spécifique des memes dans le contexte numérique, l’usage populaire va débarrasser meme de son compagnon lexical, jusqu’à supplanter, dans l’usage, la référence à la philosophie mémétique de Dawkins et Blackmore.

Dans le contexte des échanges numériques, plus particulièrement dans le monde des réseaux sociaux, le meme représente une unité icono-textuelle, dans la mesure où il propose une alliance de texte et d’image aisément transmissible.

Le mème ou l’actualité commentée par la culture numérique

Le mème est désormais consubstantiel de la culture numérique permise par les réseaux sociaux ou encore par ce que l’on appelle les « boards », en bon anglais, soit ces forums alternatifs où naissent la plupart des memes (comme Reddit, 4chan ou encore 9gag).

Ceux-ci fonctionnent systématiquement grâce à l’alliance de deux dimensions sémantiques : un référent culturel sur lequel se base le mème pour transmettre le message (ou référème) et le sujet abordé par le mème lui-même (ou topème). Plusieurs mèmes peuvent avoir des référèmes identiques mais des topèmes différents, comme dans les exemples suivants.
 

Fig. 2 : Mème ayant pour référème la série Kaamelott et pour topème la censure des réseaux sociaux vue de Russie, présentée par la chaîne RT France.

 

Fig. 3 : Mème ayant pour référème la série Kaamelott et pour topème la demande d’Emmanuel Macron, président de la République, concernant les efforts par les soignants au printemps 2021 concernant le Covid-19.

L’inverse est également valable : sur un topème identique, il est possible d’utiliser des référèmes variés. Le tout est rendu particulièrement aisé par la dimension multimodale du mème, soit le fait qu’il combine plusieurs dimensions sémantiques pour un même message (soit une image et un texte). Une dimension peut également être ajoutée, puisque les mèmes peuvent être animés, grâce à l’utilisation du format numérique GIF (de l’anglais « graphics interchange format »).

Le mème : un espace créatif ouvert…

Grâce à la créativité des énonciateurs, les mèmes peuvent concerner différents domaines : on peut y retrouver pêle-mêle des scènes de la vie quotidienne, des détournements d’œuvres d’art, un suivi satirique de l’actualité et même de nouvelles modalités d’engagement dans la vie politique.
 

1L’intégralité des mèmes proposés dans cet article sont issus du groupe Facebook « Neurchi de Kaamelott », accessible via ce lien. Ils représentent tous la même scène de la série, avec de gauche à droite les acteurs François Rollin (le roi Loth d’Orcanie), Aurélien Portehaut (Gauvain) et Antoine de Caunes (le seigneur Dagonet).

2Dawkins, Richard. (1976). The selfish gene. Oxford : Oxford University Press.

3Blackmore, Susan. (1999). The meme machine. Oxford : Oxford University Press.


 

Recommandés pour vous

Le mot du jour