oreille

 

définitions

oreille ​​​ nom féminin

Chacun des deux organes constituant l'appareil auditif (➙ auriculaire ; ot[o]-). Sifflement d'oreilles. —  L'oreille interne : la partie interne de l'organe, située dans le rocher. —  par plaisanterie Les oreilles ont dû vous tinter, vous siffler (tellement nous avons parlé de vous).
locution Écouter de toutes ses oreilles. N'écouter que d'une oreille, d'une oreille distraite. Prêter l'oreille, une oreille attentive : écouter. Faire la sourde oreille, faire comme si on n'entendait pas ; ignorer une demande. Casser* les oreilles à qqn. Rebattre les oreilles à qqn de qqch. Parler, dire qqch. à qqn dans le creux de l'oreille, de sorte qu'il soit seul à entendre. Ne pas en croire* ses oreilles. Cela lui entre par une oreille et lui sort par l'autre : il ne fait pas attention à ce qu'on lui dit, ne le retient pas. Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd : ces paroles ont été ou seront mises à profit. —  proverbe Ventre affamé n'a pas d'oreilles : celui qui a faim n'écoute plus rien. —  Avoir l'oreille de qqn, en être écouté favorablement. ➙ confiance, faveur.
Ouïe. Être dur d'oreille. Avoir l'oreille fine. Avoir de l'oreille : être apte à saisir les sons musicaux et leurs combinaisons. Avoir l'oreille absolue : être capable d'identifier une note musicale en l'absence de référence.
Pavillon de l'oreille. Oreilles décollées. Le lobe de l'oreille. Des boucles d'oreilles. —  locution, au figuré Se faire tirer l'oreille : se faire prier. —  Dormir sur ses deux oreilles : ne pas s'inquiéter. Chauffer, échauffer les oreilles à qqn, l'irriter.
(animaux) Les longues oreilles du lièvre. —  locution, au figuré Ne pas bouger une oreille : rester immobile ; ne pas réagir, ne pas intervenir.
Élément (d'un objet) évoquant la forme d'une oreille, et qui se présente en paire. Les oreilles d'une marmite. ➙ anse. Un écrou à oreilles.
Oreille de mer. ➙ ormeau. Oreille de souris. ➙ myosotis.
 

synonymes

oreille nom féminin

esgourde (argot), feuille (argot), portugaise (argot)

ouïe, audition

[de lièvre] oreillard, [de sanglier] écoute

ailette, anse, orillon

 

exemples

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Plutôt que de laisser les préoccupations dont ils nous font part entrer par une oreille et sortir par l’autre, nous devrions les prendre en considération et y réfléchir.Europarl
Je n'étaie guère mieux accommodé que lui, et bientôt les objets prirent à mes yeux une forme vague, et les sons n'arrivèrent plus à mon oreille que d'une manière confuse.Louis Reybaud (1799-1879)
Il descendit quelques marches, se mit à écouter, et le son de l'or frappa son oreille.Honoré de Balzac (1799-1850)
Que l'homme prête l'oreille et écoute autour de lui les voix qui se font entendre.Dora Melegari (1849-1924)
Depuis plus de dix ans, il fait la sourde oreille et il résiste avec le puissant lobby de l'automobile, il freine toute évolution.Europarl
Mon oreille était bien trompée par la distance, car je n'étais pas à cent mètres de l'instrument.Jules Verne (1828-1905)
Il n'y eut pas une oreille, parmi tous les chefs rangés dans la salle, qui ne se sentît blessée lorsque ces lourdes chaînes retentirent.George Gordon Byron (1788-1824), traduction Paulin Paris (1800-1881)
Tout ceci sonne bien à l'oreille, on peut tout écrire et tout serait pour le mieux si nous étions des anges.Europarl
Nous remarquons d'ailleurs avec satisfaction que notre préoccupation en ce domaine a bénéficié de l'oreille attentive du rapporteur.Europarl
Voici l'autre, qui nous écoutait d'une oreille, qui quitte brusquement la conversation de son soupirant et se mêle à la nôtre.Gérard de Nerval (1808-1855)
Il ne s'était jamais dit ce que les familiers de sa maison se murmuraient à l'oreille : qu'un jour ou l'autre sa femme le tromperait, que c'était inévitable.Daniel Lesueur (1854-1921)
Je fis je ne sais quoi, je saluai probablement, puis je prêtai l'oreille la plus attentive à ce que me dit l'autre sœur.Charles Dickens (1812-1870), traduction Paul Lorain (1799-1861)
Je vois encore, en revenant à la maison, quelques-uns de nos voisins, qui regardent ma mère, puis moi, et qui se parlent à l'oreille.Charles Dickens (1812-1870), traduction Paul Lorain (1799-1861)
Plusieurs fois, dans le courant de la soirée, il crut trouver l'occasion de lui parler à l'oreille.Charles Dickens (1812-1870) et Wilkie Collins (1824-1889), traduction Mme Judith (1827-1912)
Elle prêta l'oreille, mais tout était tranquille ; cependant la crainte la saisit tellement, qu'elle n'avait la force ni d'examiner la chambre, ni d'en sortir.Ann Radcliffe (1764-1823), traduction François Soulès (1748-1809)
Théodule alla dire quelques mots à l'oreille du président – qui n'était autre que le préfet en personne.Jean Aicard (1848-1921)
On dit : avoir de l'oreille ; tous les yeux ne sont pas propres à goûter les délicatesses de la peinture.Eugène Delacroix (1798-1863)
J'espère – et je demande – que certains au moins d'entre nous auront demain, au moment du vote, une oreille pour l'autre partie ainsi que pour ses droits.Europarl
J’ai prêté une oreille attentive aux critiques ; elles étaient pénétrantes et nous en tiendrons compte au cours de la présidence.Europarl
Nous sommes prêts à vous rejoindre dans d'autres dialogues constructifs comme celui d'aujourd'hui et nous prêterons une oreille attentive aux problèmes actuels.Europarl
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définition ancienne (17e siècle)

Ces définitions sont issues du Dictionnaire universel de Furetière, publié en 1690. Il convient de les replacer dans le contexte historique et sociétal dans lequel elles ont été rédigées. En savoir plus.

Définition de « OREILLE » subst. fem.

Partie double de la teste des animaux, qui leur sert à ouyr, à entendre les sons qui la frappent. Pour la perfection de l'ouye la Nature nous a donné une oreille exterieure & une interieure. L'exterieure est d'une substance membraneuses cartilagineuse, c'est à dire, mitoyenne entre l'os & la chair. Sa figure est presque en demi-cercle, & creuse par dedans, comme une petite caverne. Le haut de l'oreille s'appelle l'aile ou l'aileron. L'extremité de son tour enfoncé du devant au dedans s'appelle gibbeuse.
 
Le trou & le creux de dedans s'appelle la petite coquille, ou conque, parce qu'elle ressemble à l'entrée de la coquille d'un limaçon. La cavité qui est auprés du conduit de l'oreille, en laquelle s'amassent ses ordures, s'appelle ruche ; & cette glu ou ordure qu'on en tire avec un cure-oreille, s'appelle le suif, & par quelques-uns la cire. Le bout ou tendon qui est plus gras & charnu, s'appelle lobe. Ce bout-là rougit d'ordinaire, quand on a de la honte. Et tout le circuit de l'oreille se nomme helix, c'est à dire, tour ou tortis. Le conduit de l'oreille est formé de parties cartilagineuses & osseuses. Les animaux couverts de plumes ou d'écailles n'ont point d'oreilles exterieures, mais ils ont un trou ouvert pour ouyr.
 
L'oreille interne est située en l'os pierreux derriere l'apophyse mammillaire, dans la partie écailleuse de l'os des temples, & est separée de l'organe externe de l'ouye par la membrane du tambour. Elle est composée de quatre conduits. Le premier qui est tourné vers le dehors, & toûjours ouvert, est celuy qui donne passage au son. Il est tortueux, biaisant, long & estroit, au bout duquel il y a cette membrane qu'on nomme tambour, qui est mince & seche, deliée, & qui a le sentiment extrémement vif. Ceux qui l'ont trop dense & espaisse dés leur naissance, sont des sourds incurables. Derriere cette membrane on trouve une seconde cavité, que quelques-uns appellent la quaisse du tambour, & d'autres le bassin, dans laquelle est contenu un certain air naturel & interne, que les anciens Medecins ont appellé implanté, qui selon eux reçoit aisément l'impression de celuy de dehors ; & ils tiennent qu'il sert à l'ouye, comme le cristalin à la veuë. Là on descouvre trois petits os à qui on a donné le nom de leur figure. Le premier est fait comme un petit marteau, le second comme une enclume, & le troisiéme qu'on nomme estrier, est triangulaire, comme estoient les estriers antiques. Mr. du Vernay en a descouvert un quatriéme sur la teste de l'Estrier, & ce qui est à remarquer, c'est qu'ils sont aussi gros & aussi grands aux enfants qu'aux hommes d'âge. Ils sont placez dans la cavité de la quaisse. Il y a une corde fort deliée qui passe derriere la peau du tambour, de même que le tymbre qui fait resonner un tambour de guerré. On doute si c'est une veine, un nerf, ou une artere, tant elle est petite. Du Vernay dit que c'est un nerf. Il y a aussi des muscles dans cette cavité, dont deux servent au mouvement du marteau, & l'autre à celuy de l'estrier. Ils sont si deliez, qu'à peine les peut-on voir. Ils servent au flux & au reflux, ou au double mouvement du marteau. Il y a aussi deux petites fenestres, dont la plus haute s'appelle ovale, à cause de sa figure. La seconde est sans nom ; & il y a un conduit qui va jusques dans le Palais. La troisiéme cavité qui est creusée dans l'os pierreux, s'appelle le labyrinthe, pour ce qu'il y a plusieurs trous & chambrettes cachées. Elle est faite comme une coquille d'escargot. Sa premiere partie s'appelle le vestibule, qui a neuf ouvertures ; & la derniere le limaçon ou trou aveugle, parce qu'il est sans bout & Issuë. Il est composé d'une l'ame spirale montante, qui separe en deux un canal demi ovallaire, qui fait deux tours & demi autour du noyau du limaçon toûjours en diminuant, & forme comme deux rampes d'escalier. C'est dans cette partie que du Vernay met l'organe immediat de l'ouye. Enfin l'on trouve le nerf de l'ouye qu'on nomme le nerf auditif, qui prend son origine de la cinquiéme conjugaison, suivant les Anciens, & de la septiéme suivant les Modernes. Il y en a aussi un rameau de la seconde paire vertebrale, qui porte les images de tous les sons au sens commun. Enfin il y a un petit conduit cartilagineux, qui va de l'ovale dans le palais de la bouche, qu'on nomme aqueduc, & qui est fermé par une petite valvule ou souspape : de là vient que les sourds entendent un peu par la bouche, & qu'en leur faisant prendre le manche d'un luth avec les dents, ils en entendent l'harmonie. Dessous & derriere les oreilles il y a des glandules qu'on appelle parotides, qui sont des emonctoires par où le cerveau se descharge ; & quand elles sont trop humectées, il s'y fait des tumeurs que le peuple appelle orillons ou oripeaux. Ce mot d'oreille vient du Latin auris, que Dulaurens derive de haurire, qui signifie tirer, ou puiser, parce que les oreilles tirent & reçoivent la voix & les sons dans leurs cavitez. Quelques Medecins ont creu que quand les oreilles estoient coupées, les hommes devenoient steriles ; & que de là est venuë la coûtume de couper les oreilles aux larrons, depeur qu'ils n'engendrassent de petits larronneaux.
 
Les oreilles des Animaux sont faites diversement. Le veau marin & toutes les especes de lezards & de serpents n'ont point du tout d'oreilles externes. Le singe & le porc-espic les ont applaties contre la teste comme les hommes. Il y a une espece de baleine qui a l'ouverture de l'oreille sur les espaules. Les taupes ont le conduit de l'oreille fermé par une petite peau qui s'ouvre comme une paupiere, la tortuë, le cameleon, aussi-bien que la plus-part des poissons, ont le conduit de l'oreille tout à fait bouché.
 
Les bruits, les tintoins, les bourdonnements sont des maladies des oreilles. Quand on dit qu'un homme a l'oreille dure, c'est dire honnestement qu'il est sourd.
 
Les Incas du Perou se faisoient particulierement remarquer par leurs oreilles, dont la largeur estoit si prodigieuse, qu'elle est incroyable. Ils accordoient aux Capitaines qui les avoient bien servis, comme un grand privilege, la permission de se percer les oreilles, à condition que le trou n'en seroit pas la moitié si grand que celuy de l'Inca ; & on leur donnoit même la mesure du trou, afin qu'il ne fust pas plus grand que le privilege ne portoit. Ils y portoient des pendants d'oreilles attachez à des filets longs d'un quart d'aune, & gros d'environ la moitié d'un doit, ce qui les fit appeller par les Espagnols Orejones, c'est à dire, hommes à grandes oreilles. Cette coustume de se percer les oreilles estoit aussi en usage chez les Indiens d'Orient dont il est fait mention cy-aprés au mot Pendants d'oreille. C'estoit une marque de Noblesse chez les Atheniens d'avoir les oreilles percées : ce qui n'appartenoit qu'aux Grands, comme rapporte Gaspard Bartholin. Chez les Hebreux & chez les Romains c'estoit une marque de servitude.
 
OREILLE, se dit en termes de Musique, du jugement que l'oreille fait des sons. Cet homme danse bien, il a l'oreille fine, juste, delicate, il observe la cadence. Cet homme n'a point d'oreille, ne distingue pas les tons & les mesures. On dit aussi des Orateurs & des Poëtes, qu'ils doivent avoir de l'oreille, pour dire, qu'ils doivent observer la cadence de leurs Vers, de leurs periodes, eviter les cacophonies. Un Ancien a dit, que le jugement de l'oreille estoit fort rigoureux.
 
On dit en ce sens d'un discours, des paroles, qu'elles blessent, qu'elles choquent les oreilles, quand elles déplaisent. Les ordures blessent les oreilles chastes. Les barbarismes choquent les oreilles des gens polis. Les belles paroles n'escorchent point l'oreille. Les Grands ont les oreilles delicates, se choquent de peu de chose. La Musique charme, flatte, chatouille l'oreille. Il y a bien des gens qui se laissent prendre par l'oreille, charmer par une belle voix, persuader par un beau discours. On dit aussi, qu'une chose sonne mal aux oreilles, quand elle est odieuse, quand on en a mauvaise opinion. On dit qu'un homme a l'oreille d'un Prince, d'un Ministre, pour dire, qu'il en a de favorables audiences, & tant qu'il veut ; qu'il luy souffle, qu'il luy corne aux oreilles quelque chose, pour dire, qu'il fait tant qu'il le persuade. Il luy a dit un mot à l'oreille, pour dire, Il luy a donné un advis secret.
 
A Syracuse il y a un lieu qu'on appelle l'oreille de Denys le Tyran. C'est un trou qui perce dans une montagne, & qui fait qu'on entend en haut tout ce qui se dit en bas, quoy qu'à une grande distance.
 
On dit que la gelée, le vent, la gresle ont donné sur l'oreille aux fruits, aux bleds, pour dire, qu'ils en ont esté endommagez, qu'ils baissent l'oreille. On dit aussi d'un chapeau, qu'il baisse l'oreille, pour dire, que les bords ne se soustiennent pas bien ; qu'il fait le clabaud : c'est une metaphore tirée des chiens de chasse, qui ont de grandes oreilles pendantes.
 
Oreille de cochon, est la partie du cochon la plus delicate pour manger en ragoust.
 
Oreille de Parisien, est un petit ouvrage de Pâtisserie fait de boeuf fort espicé, enveloppé d'une paste legere en forme d'oreille, qu'on appelle autrement rissole.
 
Oreille du coeur, sont deux petites parties ou ouvertures du coeur faites en forme d'oreilles, dont la droite aboutit à la veine cave, & la gauche à l'entrée de l'artere veineuse. Elles servent à recevoir le sang, & à en faire la circulation dans le coeur. L'oreille gauche du coeur se dilate, quand le coeur se resserre pour en faire sortir le sang.
 
OREILLE, en termes de Mer, se dit des voiles Latines qui sont triangulaires, qu'on appelle oreilles de lievre ou à tiers point, à la difference de celles qui sont à trait quarré. On appelle aussi les oreilles ou les pattes d'un ancre.
 
OREILLE, en termes d'Artisans se dit aussi de deux petites avances qu'on applique aux bords d'une escuelle pour la tenir plus facilement. Une escuelle à oreilles.
 
On appelle aussi oreille, la partie d'un cercle de fer qui est au haut d'un chauderon, dans laquelle l'anse est mobile ; & dans un minot la partie du cintre où sont attachez les deux bouts de la potence.
 
On appelle aussi oreilles, les deux grosses dents d'un peigne qui sont aux extremitez, qui conservent les autres.
 
On appelle oreilles d'un cadenas, ses ouvertures dans lesquelles son anse est mobile.
 
OREILLE, se dit aussi du bord replié d'un livre, quand on veut y faire quelque marque pour retrouver aisément quelque endroit singulier, ou l'endroit où on en est demeuré en le lisant. Cela arrive aussi aux livres frippez, qu'on a beaucoup maniez avec peu de soin.
 
OREILLE, se dit aussi de cette petite courroye où se termine le quartier du soulier, qui sert à y attacher des rubans, ou des boucles pour le serrer.
 
OREILLE, en termes d'Organistes, se dit de deux petites plaques de plomb que l'on soude sur les tuyaux à costé de leur bouche ou lumiere, qu'on abaisse ou qu'on releve pour faire des sons plus graves ou plus aigus. Ils les nomment ainsi, parce qu'il semble qu'elles escoutent si les tuyaux sont d'accord.
 
On appelle en termes de Blason oreilles, deux petites pointes qui sont au haut des grandes coquilles, comme celles de St. Jacques.
 
On appelle oreilles d'abricots, des abricots confits dont on a osté les noyaux, & dont on a rejoint les deux moitiez, en sorte que l'extremité de l'un n'aille qu'au milieu de l'autre ; ce qui represente une espece d'oreille.
 
Oreille d'ours : est une petite fleur printanniere qui pare agreablement un parterre, quand on la sçait bien disposer ; car il y en a de plusieurs couleurs. Cette herbe est une espece de saniclet, qui a les feuilles grandes comme le plantin, oreilles dans le bourgeon. Elles ont certains replis ou bords fort artistement faits. On l'appelle en Latin ursi auricula, ou dentaria minor, ou lunaria, canicula, ou artritica. Matthiole.
 
Oreille d'asne, est aussi un nom qu'on donne à la grande consolide, qui est une plante fameuse en Medecine. Voyez Consolide.
 
Oreille de souris, ou de rat, est le nom d'une autre plante qu'on appelle en Latin pilosella ; elle rampe toûjours par terre, & a des feuilles disposées en estoile, couvertes de poils blancs. Ses tiges aussi rampantes ressemblent à de petites cordes souples, rondes & veluës, qui prennent racine, & poussent des branches nouvelles. Ses fleurs sont jaunes, qui à leur maturité s'envolent en bourre. Ses racines sont deliées, & pourtant difficiles à arracher. Si on couppe la plante, elle rend du lait. Son suc est astringent, constipe le bestail, & le fait mourir. Matthiole.
 
OREILLE, se dit proverbialement en ces phrases. Un chien hargneux a toûjours les oreilles deschirées, pour dire, que les gens querelleux sont sujets à estre battus. On dit que les murs ont des oreilles, pour dire, qu'on a beau parler secrettement & à l'oreille, il y a toûjours quelque espion qui escoute.
 
On dit qu'un homme se fait tirer l'oreille pour faire quelque chose, quand il la fait à regret : ce qui se dit par allusion à une coustume qu'avoient les Romains, d'amener par l'oreille en Justice ceux qui ne vouloient pas y venir rendre tesmoignage d'une action qu'ils avoient veuë, lors de laquelle on leur pinçoit, & on leur tiroit l'oreille, afin qu'ils se souvinssent du fait, dont on voit plusieurs tesmoignages dans Plaute, Virgile & Horace.
 
Pendans d'oreilles, Bagues d'oreilles, Boucles d'oreilles, Perce-oreille. Voyez à leur ordre.
 
On dit qu'une maison a le bouquet sur l'oreille, pour dire, qu'elle est à vendre. On le dit aussi d'une fille, pour dire qu'elle est à marier ; en faisant allusion à une marque qu'on met à l'oreille des chevaux qui sont à vendre. On dit aussi de celuy qu'on croit avoir part à l'enfant d'une coquette, qu'il luy a fait une oreille. On dit aussi, qu'un ventre affamé n'a point d'oreilles, pour dire, qu'on n'escoute aucunes remonstrances, quand on est pressé de la faim. On dit qu'un homme a mangé de la Vache : que les oreilles luy cornent, pour dire, qu'il n'entend pas bien ce qu'on luy dit. On dit aussi, Ne m'eschauffez point les oreilles, pour dire, Ne me mettez pas en colere. On dit aussi, qu'un homme tient le loup par les oreilles, pour dire, qu'une affaire qu'il croit tenir en son pouvoir, luy eschappera. On dit de celuy qui oublie facilement les choses, ou qui ne fait pas grand cas de ce qu'on luy dit, que ce qui luy entre par une oreille, luy sort par l'autre. On dit que quelqu'un a la puce à l'oreille, quand il est fort eveillé, ou quand il a quelque passion agreable qui l'empesche de dormir. On appelle vin d'une oreille, le bon vin ; & vin de deux oreilles, le mauvais. On dit qu'un homme secouë les oreilles, quand il se mocque, quand il ne se soucie pas de ce qu'on luy dit.
 
On dit aussi qu'il fait la sourde oreille, qu'il ferme l'oreille, qu'il bouche ses oreilles, qu'il n'a point d'oreilles, quand il ne veut pas entendre une chose qu'on luy dit, ni la faire. On dit au contraire, que l'argent luy fait ouvrir les oreilles, prester l'oreille, pour dire, consentir à quelque proposition. On dit aussi, qu'un homme baisse l'oreille, qu'il a les oreilles pendantes, quand il est foible ou humilié, soit par quelque maladie, soit par quelque mauvaise fortune ; & au contraire, qu'il leve, qu'il dresse les oreilles, quand il s'enorgueillit par quelque heureux succés d'affaires. On dit aussi, qu'un homme est enfoncé dans une affaire jusqu'aux oreilles, qu'il a des dettes par dessus les oreilles ; qu'il est crotté jusqu'aux oreilles, pour dire, qu'il est fort engagé, fort crotté. On dit aussi, qu'il se gratte l'oreille, quand il a quelque chagrin qui l'inquiete, ou quand il a de la peine à se souvenir de quelque chose. On dit aussi, qu'on luy a donné sur les oreilles, pour dire, qu'on l'a battu, chastié. On dit aussi, qu'on a les oreilles battuës & rebattuës d'une chose, quand on l'a ouy dire trop de fois. On dit qu'un homme est toûjours pendu aux oreilles d'un autre, quand il est assidu à le suivre, à luy parler ; & qu'il luy rompt les oreilles, quand il l'importune en luy repetant toûjours la même chose. On dit de celuy qui revient sain & sauf de quelque voyage, de l'armée où il a esté souvent dans le peril, dans les occasions, qu'il en a rapporté ses oreilles. Les fanfarons disent par menace, Je luy coupperay les oreilles. On dit de ceux qui ont les oreilles grandes, qu'il ont des oreilles d'Asne, des oreilles de Midas ; & ironiquement on les appelle belles oreilles. On dit quand on parle de quelqu'un absent, que les oreilles luy doivent bien corner.
Le mot du jour Déconfinement Déconfinement

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10/06/2020