Comment un matériau de construction a-t-il fini par symboliser les déboires du pionnier ? Le Robert vous raconte l’histoire de l’expression essuyer les plâtres, en partenariat avec le podcast La Puce à l’oreille de Lucie Bouteloup sur RFI.
Que signifie l’expression essuyer les plâtres ?
Essuyer les plâtres, c’est subir le premier les conséquences (a priori fâcheuses) d’une situation nouvelle. Par exemple, quand une nouvelle mise à jour du système d’exploitation est disponible sur son téléphone, mieux vaut parfois attendre un peu avant de la télécharger si on ne veut pas essuyer les plâtres, car il peut y avoir des bugs !
Certes, il peut être amusant d’être le premier à essayer quelque chose, mais c’est aussi un peu risqué parce que l’expérience n’a pas encore prouvé l’absence de désagréments.
Quelle est l’origine de l’expression essuyer les plâtres ?
L’expression apparaît à la fin du XVIIIe siècle, d’abord avec le sens de « être le premier à occuper une habitation neuve », si neuve que les plâtres sont encore humides (les plâtres employés à l’époque étaient très longs à sécher). D’où cette idée de les essuyer.
Le sens figuré de « subir les conséquences d’une situation nouvelle » apparaît rapidement puisqu’on le trouve dès 1835 dans la 6e édition du Dictionnaire de l’Académie française.
Pour comprendre ce glissement de sens, il faut savoir que l’humidité des plâtres générait de l’insalubrité. Dans un texte de la fin du XVIIIe siècle, un certain Louis-Sébastien Mercier* nous explique :
« Les plâtres que l’on emploie dans la construction des maisons font beaucoup de mal, parce qu’ils sèchent difficilement, et que l’on habite imprudemment les édifices nouvellement bâtis. Il n’y a rien de plus dangereux : la vapeur des murs est funeste et cause des accidents innombrables. (…) On abandonne ces maisons neuves et humides aux filles publiques : on appelle cela essuyer les plâtres. »
Tout est dit : comme personne ne voulait occuper les logements trop neufs, on les louait à bas coût à celles et ceux qui n’avaient pas les moyens de trouver mieux : généralement des prostituées, qu’on désignait d’ailleurs sous le nom d’« essuyeuses de plâtres ».
Quelques années plus tard, quand les plâtres étaient secs et le logement enfin salubre, le propriétaire leur donnait congé pour louer, plus cher, à des bourgeois.
On peut noter qu’il a brièvement existé au XIXe siècle une variante de cette expression : essuyer les murs. Mais elle n’est pas restée dans l’usage.
Quels sont les synonymes de essuyer les plâtres ?
L’expression est plus ou moins synonyme de servir de cobaye.
Sans valeur péjorative, et avec un complément : on étrenne ou on teste quelque chose.
Au contraire, avec une forte valeur péjorative, on peut dire que l’on fait les frais de quelque chose ou que l’on en paie les pots cassés.
Pour en savoir plus, vous pouvez écouter le podcast de La Puce à l’oreille consacré à cette expression sur le site de RFI.
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* Louis-Sébastien Mercier, Le Tableau de Paris, 1782. Ce texte constitue d’ailleurs à ce jour la plus ancienne trace écrite de cette expression.
