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Des mots sont-ils vraiment supprimés du Petit Robert ?

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C’est l’une des questions qui m’est le plus fréquemment posée lorsque j’évoque les mots qui ont fait leur entrée dans la dernière édition du Petit Robert : « Et les mots qui sortent alors ? Pourquoi n’en parlez-vous jamais ? »

La réponse pourrait vous surprendre : non, Le Robert ne fait pas disparaître des mots en douce !

Si vous avez lu La Vie mode d’emploi de Georges Perec, vous vous souvenez peut-être de Cinoc, le « tueur de mots » dont la lourde tâche était d’éliminer tous les mots tombés en désuétude . Eh bien rassurez-vous : ce personnage était purement fictif, car au Robert, ce métier n’existe pas.

En effet, nous faisons tout pour ne jamais faire disparaître des mots de nos dictionnaires. Quel crève-cœur ! D’autant que le lecteur peut avoir besoin de comprendre des mots même s’ils ne sont plus employés aujourd’hui. Par exemple, si de nos jours plus personne ne s’exclame C’est bath !, on peut retrouver ce mot dans la littérature du milieu du XXe siècle et avoir besoin d’en comprendre le sens. On voit aussi certains mots que l’on croyait vieux connaître une nouvelle jeunesse, comme daron, blase ou disquette (dans l’expression mettre une disquette).

C’est pourquoi nos programmes de mise en pages très puissants, spécialement développés pour les dictionnaires par les informaticiens du Robert, jouent au dixième de millimètre près sur les espaces, les marges ou les interlignages afin de permettre l’ajout de nouveaux mots sans en retirer.

Cependant, l’édition imprimée du Petit Robert a ses limites physiques (elle pourrait difficilement être plus volumineuse, sauf à l’imprimer en plusieurs volumes) et, lors des grosses refontes qui ont lieu tous les 20 ans environ, nous devons parfois faire des choix. Mais attention : les mots qui sortent de l’édition papier du Petit Robert ne disparaissent pas pour autant ! Ils restent précieusement conservés dans les éditions numériques du Petit Robert et du Grand Robert, où la contrainte de place n’existe pas.

Dans le Petit Robert, les dernières suppressions datent ainsi de 2007 : il s’agissait d’une poignée de mots rares : TUC (« travaux d’utilité collective, en vigueur jusqu’en 1990 »), know-how (anglicisme très en vogue dans les années 70 signifiant « savoir-faire »), raréfiable (« susceptible de se raréfier ») En 1993, lors de la précédente refonte, ce sont principalement des mots faciles à comprendre à partir de mots de la même famille (ex : approuvable, chauffe-pieds, chuchoteur…) ou des mots très techniques (comme angusticlave, qui désigne la bande de pourpre étroite qui bordait la toge des chevaliers romains) qui ont quitté ses pages.

Qu’en est-il des autres dictionnaires ? Les suppressions sont un peu plus fréquentes dans des ouvrages de petit format, où le volume limité et les contraintes de lisibilité ne permettent pas de « serrer » le texte à chaque ajout. C’est notamment le cas des dictionnaires pour enfants. Ainsi, lors de la dernière refonte du Robert Junior, quelques termes qui ne correspondaient plus du tout au quotidien des enfants d’aujourd’hui ont été retirés, comme walkman, prise péritel, vidéocassetteIls ont laissé la place à blob, télétravailler, carte mentale, cyberharcèlement, l’abréviation dys... Mais les enfants les retrouveront quand ils grandiront dans des dictionnaires plus volumineux, s’adressant à un public plus âgé, car ces mots présentent évidemment un intérêt historique.

Géraldine Moinard, lexicographe et directrice de la rédaction des éditions Le Robert

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