Top 10 des mots étonnants du Grand Robert

Top 10 des mots

À l’occasion de la mise en ligne de sa nouvelle édition, nous avons choisi de mettre en lumière le Grand Robert, le dictionnaire le plus riche de la langue française.

Régulièrement augmenté de mots et de sens nouveaux, de nouvelles expressions et de citations contemporaines, le Grand Robert est aussi un recueil de curiosités linguistiques. Des mots disparus de notre vocabulaire, des mots rares employés seulement par les grands auteurs, des mots qu’on ne rencontre que dans certaines régions de la francophonie… Voici un échantillon de ces richesses lexicales qui, nous l’espérons, vous incitera à parcourir le Grand Robert numérique à la recherche des milliers d’autres merveilles qu’offre la langue française.

 

10. Osculaire

Certains mots sont précieux pour tout amateur de beau langage. Le critique et sémiologue Roland Barthes fit sien l’adjectif osculaire dans un ouvrage de 1975 : « l’appareil phonatoire est aussi l’appareil osculaire. Passant à la station debout, l’homme s’est trouvé libre d’inventer le langage et l’amour » (Roland Barthes par Roland Barthes). Les latinistes auront peut-être deviné l’origine du mot : le verbe osculari « embrasser », d’osculum « baiser ». La définition qu’en donne le Grand Robert est en effet « qui concerne le baiser, l’action d’embrasser ». Quoi de mieux que des mots rares pour évoquer les choses de l’amour ?

 

9. Sorgue

Discret à l’époque classique, l’argot est devenu une langue à part entière au XIXsiècle, prisée à l’écrit par des auteurs comme Balzac ou Eugène Sue. Le mot sorgue, par exemple, qui s’est employé pour désigner la nuit, doit ses lettres de noblesse à Victor Hugo : « Quelle bonne sorgue pour une crampe (quelle bonne nuit pour une évasion) ! » (Les Misérables, 1862). Attesté dès le XVIIe siècle, sorgue est probablement une variante phonétique du moyen français sorne « soir », de l’ancien provençal sorn « sombre, obscur ». Il a donc la même origine que sournois, qui a signifié « d’humeur sombre, triste ». Le Grand Robert nous offre aussi de belles surprises étymologiques !

 

8. Lichouserie

La langue évolue dans le temps, mais aussi dans l’espace. Des mots très courants dans certaines parties de l’Hexagone sont totalement inconnus ailleurs. Lichouserie, qui signifie « gourmandise, confiserie », est un régionalisme de l’ouest de la France. Il vient de lichoux « gourmand », dérivé de licher « manger goulûment », variante de lécher. Pierre-Jakez Hélias, auteur breton, décrit ainsi dans Le Cheval d’orgueil (1975) la devanture alléchante d’une boutique de bonbons : « Quand on se penche contre la vitre, la main en visière sur les yeux, on voit à l’intérieur une longue table chargée de toutes les “lichouseries” du monde ». Miam !

 

7. Métromanie

Si vous écrivez de la poésie du matin au soir, vous êtes atteint de métromanie, mal dont Voltaire lui-même se disait victime dans son poème Le Pauvre Diable : « Mordu du chien de la Métromanie, Le mal me prit, je fus auteur aussi ». La métromanie, c’est bien la manie de composer des vers. On reconnaît le nom mètre, employé au sens de « vers, poésie », et l’élément -manie, utilisé autrefois dans la terminologie psychiatrique. Il sert encore à former des mots contenant l’idée d’excès dans un goût, une habitude. Bibliomanie, léthéomanie, onomatomanie… Le Grand Robert en contient pas moins de quatre-vingts ! Lesquels connaissez-vous ?

 

6. Anthume

Savez-vous qu’il existe un contraire à l’adjectif posthume ? Il s’agit d’anthume, mot forgé en 1872 par l’écrivain Alphonse Allais à l’occasion de la publication d’un recueil de ses œuvres. Une gloire, une réussite anthume a donc lieu avant la mort de quelqu’un, de son vivant. Le mot est resté rare, employé surtout dans le discours didactique ou en littérature. On le rencontre sous la plume de Michel Tournier dans Le Roi des aulnes (1970) : « une collation rituelle, une sorte de communion anthume partagée avant le sacrifice suprême avec quelques fidèles ».

 

5. Garrulité

Les mots rares employés par les plus grands auteurs sont le reflet de leur culture et de leur sensibilité. « Tu railles ma garrulité peut-être à tort », écrivit Verlaine dans ses Élégies (1893). Désignant l’envie constante de bavarder, garrulité est un synonyme rare de loquacité. Attesté en 1477, il est emprunté au latin garrulitas, de garrire « gazouiller ; bavarder ». Deux autres mots complètent la famille : l’adjectif garruleux « bavard » et le verbe garruler « gazouiller », apparu au XVe siècle et repris au XIXe siècle au sens de « bavarder »… également par Verlaine, qui semblait particulièrement sensible à l’expressivité de cette famille lexicale !

 

4. Contadin

Une flânerie dans le Grand Robert est souvent l’occasion d’enrichir son vocabulaire. Vous cherchez un synonyme de campagnard pour éviter une répétition ? Champêtre et rustique ne sont pas convaincants ? Contadin est tout trouvé ! Ce mot a été emprunté au XVIe siècle à l’italien contandino, de contado « comté, campagne ». C’est donc l’exact contraire de citadin, venu d’Italie trois siècles plus tôt (cittadino, de città « cité »). Contadin s’emploie aussi comme substantif : Marguerite Yourcenar évoque dans ses Archives du Nord (1977) « quelques mots échangés avec une charmante contadine ».

 

3. Quibus

Blé, flouze, fric, maille, pognon, thune… Les synonymes familiers ou argotiques du mot argent sont nombreux ! Quibus en fait partie. C’est un emprunt au latin quibus, ablatif pluriel du pronom relatif qui, signifiant « au moyen desquelles choses ». Avoir du quibus peut donc être rapproché de la formule familière avoir de quoi. Le mot s’est employé dans le registre populaire jusqu’au début du XXe siècle. Vous l’avez peut-être entendu dans la chanson d’Aristide Bruant À la Bastoche, dont le protagoniste a « pour barboter l’quibus D’un conducteur des omnibus Crevé la panse et la sacoche ». On n’était pas tendre à l’époque !

 

2. Bambée

On le rencontre parfois dans la presse régionale avant de découvrir son sens et son origine dans les pages — désormais numériques — du Grand Robert. Une bambée, c’est une balade, une virée : « [ils] discutaient déjà courses nouvelles et bambées impressionnantes », écrivit Roger Frison-Roche à propos de ses personnages en admiration face aux montagnes environnantes (Premier de cordée, 1941). Bambée, employé notamment en Savoie, vient du radical bamb- « sot, niais, puéril », le flâneur étant assimilé au niais qui marche sans but. Bambin et bimbo, venus de l’italien, ont la même origine, tout comme bamboche, mot récemment tiré de l’oubli par l’un de nos hauts fonctionnaires.

 

1. Lantiponner

L’origine de ce verbe est incertaine : il serait composé de lent, avec l’influence de lanterner, et de l’élément -pon-, peut-être en rapport avec le latin ponere « poser ». Toujours est-il que lantiponner, mot familier signifiant « perdre son temps en discours inutiles, tergiverser », est apparu en 1666 dans Le Médecin malgré lui de Molière : « ne lantiponez (sic) point davantage, et confessez à la franquette que v’estes médecin ». Ce verbe et son dérivé lantiponnage sont sortis d’usage au XIXe siècle. Ils font partie des milliers de mots disparus dont le Grand Robert est la mémoire. Disparus à jamais ? Pas sûr. Il ne tient qu’à nous de les ressusciter !


Bruitophone, gobichonner, supercoquentieux, tremblade… Découvrez des milliers d’autres mots étonnants dans l’édition numérique du Grand Robert de la langue française.

 

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