Top 10 des mots de Serge Gainsbourg

Top 10 des mots

Serge Gainsbourg nous a quittés il y a tout juste trente ans. Si le personnage suscite toujours la controverse, il a marqué la chanson française par ses textes à la fois sensibles et grinçants, poétiques et avant-gardistes.

Citant volontiers des auteurs tels que Baudelaire ou Verlaine, il fut lui-même un parolier de talent, jouant avec toutes les facettes de la langue. Métaphores, jeux de mots, doubles sens, mots-valises, néologismes, anglicismes, onomatopées, allitérations et assonances... Voici dix exemples de cet héritage éternel.

10. Sambassadeur

« Les sambassadeurs sont venus en dansant Armés de tubas jusqu'aux dents », peut-on entendre dans la chanson Les Sambassadeurs, extraite de l'album Gainsbourg percussions qui paraît en 1964. La créativité gainsbourienne donne lieu à quelques néologismes, et notamment à des mots-valises comme ce sambassadeur formé de samba et de ambassadeur. On peut citer aussi le langoureux décadanse (La Décadanse, duo avec Jane Birkin, 1971) ou encore le cruel hippopodame (L'Hippopodame, album Vu de l'extérieur, 1973).

9. Goémon

Les Goémons, enregistrée en 1962 sur l'album N°4, n'est pas la chanson la plus connue de Gainsbourg, mais elle est représentative de sa poésie mélancolique. Synonyme de varech, le mot goémon, venu du bas breton gwemon, désigne une algue marine. Gainsbourg en fait la métaphore de ses amours perdues : « Mes amours leurs ressemblent Il n'en reste il me semble Que goémons Que des fleurs arrachées Se mourant comme les Noirs goémons Que l'on prend que l'on jette Comme la mer rejette Les goémons ». Sublime !

8. Soixante-neuf

L'érotisme est très présent dans l'univers gainsbourien, en témoignent les soupirs évocateurs de Je t'aime moi non plus ou le titre 69, année érotique. 1969, c'est l'année de parution de ces deux chansons sur l'album Jane Birkin et Serge Gainsbourg, première collaboration de l'artiste avec sa muse. Nous sommes alors dans la période de libération des mœurs insufflée notamment par les évènements de l'année précédente. Mais 69 désigne aussi une pratique érotique ainsi nommée par analogie entre la position des partenaires et la graphie du nombre. Gainsbourg aime les doubles sens et les sous-entendus licencieux. La jeune France Gall en fit les frais en interprétant Les Sucettes, dont elle ne comprit que bien plus tard l'ambiguïté des paroles.

7. Aquoiboniste

« C'est un aquoiboniste Un faiseur de plaisantristes Qui dit toujours à quoi bon À quoi bon ». Telles sont les premières paroles de L'Aquoiboniste, chanson écrite par Gainsbourg et interprétée par Jane Birkin en 1978 sur l'album Ex-fan des sixties. Aquoiboniste, formé tout comme aquoibonisme à partir de la formule fataliste à quoi bon ?, désigne ou qualifie une personne défaitiste, pessimiste. Gainsbourg n'est pas le créateur de ce mot, attesté en 1923, mais il aurait pu l'être tant il lui correspond dans la forme comme dans le fond. Le personnage désabusé de la chanson, ce pourrait être Gainsbourg lui-même.

6. Bang !

Le chanteur aime l'expressivité de la langue et il s'en donne à cœur joie dans un titre de 1967, Comic strip : « Viens petite fille dans mon comic strip Viens faire des WIP ! Des CLIP ! CRAP ! Des BANG ! Des VLOP ! Et des ZIP ! SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ ! ». Les comic strips, ou comics, ce sont les bandes dessinées américaines et en particulier celles de science-fiction, où les bruits des coups généreusement échangés sont représentés par ce flot d'onomatopées. Tout laisse à penser que l'invitation de Gainsbourg concerne un autre type de rapprochement. Quoi qu'il en soit, l'usage d'onomatopées et d'anglicismes dans une chanson est particulièrement novateur pour l'époque. 

5. Papier

Les P'tits Papiers est une chanson de Gainsbourg enregistrée par Régine en 1965. Cette fois, l'auteur joue avec les collocations, en l'occurrence avec les mots qui apparaissent fréquemment aux côtés de papier pour le qualifier ou lui donner un sens particulier. Et ils sont nombreux : papier chiffon, papier buvard, papier de riz, papier d'Arménie, papier maïs, papier velours, papier musique, papier collant, papier carbone, papier machine, papier doré, papier tue-mouche, papier d'argent, papier-monnaie, papier à fleurs... Pas impossible que Gainsbourg se soit servi d'un dictionnaire pour n'en oublier aucun !

4. Anamour

L'amour est sans aucun doute le thème central de l'œuvre de Gainsbourg. Un sujet universel que le chanteur s'approprie souvent avec originalité, et parfois un certain cynisme qui tente de cacher une sensibilité exacerbée. Le mot est lui-même très présent dans ses chansons, ne serait-ce que dans les titres : Amour année zéro, Amour des feintes, L'Amour à la papa, La Recette de l'amour fou, Entre l'âme et l'amour, Un amour peut en cacher un autre... Gainsbourg invente même un antonyme, formé avec le préfixe de négation an- : L'Anamour est le titre d'une chanson sortie en 1969.

3. Gainsbarre

Après avoir francisé son nom de naissance, Ginsburg, en Gainsbourg, le chanteur s'affuble d'un surnom dans la chanson Ecce Homo en 1981 : « Et ouais c'est moi Gainsbarre On me trouve au hasard Des night-clubs et des bars ». Gainsbarre, c'est l'alter ego autodestructeur et débraillé de Gainsbourg, qui fait scandale durant les dix dernières années de sa vie avec des déclarations provocatrices et une ivresse manifeste sur les plateaux télé. La finale -arre rappelle le suffixe -ard qui sert à former des noms et des adjectifs péjoratifs : criard, froussard, revanchard, vantard, vicelard... Une sonorité peut-être choisie par le chanteur pour nous suggérer que ce Gainsbarre n'est pas la meilleure version de lui-même.

2. Et cætera

En 1979, Gainsbourg choque une partie de la France avec sa version reggae de l'hymne national, La Marseillaise. Le refrain, qui commence par « Aux armes citoyens Formez vos bataillons », est remplacé par la simple formule « Aux armes, et cætera », qui devient le titre de la chanson et celui de l'album dont elle fait partie. L'idée lui vient lorsque, ouvrant une encyclopédie pour retrouver l'intégralité des paroles, il découvre qu'il est écrit « Aux armes, et cætera » à partir du deuxième refrain pour gagner de la place. En 1981, Gainsbourg achète aux enchères l'un des deux manuscrits originaux de La Marseillaise... et il découvre alors que Rouget de Lisle a lui-même écrit « Aux armes, Citoyens, etc. » à partir du deuxième refrain !

1. Javanaise

« Ne vous déplaise En dansant la javanaise » : les paroles de La Javanaise, immortalisées par Juliette Gréco, suggèrent que, comme la java, la javanaise est une danse. En réalité, Gainsbourg fait référence au javanais, non pas la langue parlée à Java, mais le procédé argotique consistant à intercaler dans un mot les syllabes av et va, salut devenant par exemple savalavut. C'est bien la syllabe av que l'auteur s'amuse à répéter ici : « J'avoue j'en ai bavé pas vous Mon amour Avant d'avoir eu vent de vous Mon amour ». Les assonances, allitérations et autres jeux de sonorités sont omniprésents dans les textes de Gainsbourg, et La Javanaise en est l'un des exemples les plus aboutis.


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