Top 10 des mots qui viennent de l’arabe

Top 10 des mots

Non, le français n’a pas emprunté des mots qu’à l’anglais ! De tout temps, notre lexique s’est enrichi grâce à de nombreuses langues et l’arabe fait partie des sources les plus importantes.

Ces emprunts ont eu lieu directement ou par l’intermédiaire d’autres langues, et à différentes époques : au Moyen Âge et à la Renaissance (notamment dans le domaine des sciences), lors des conquêtes coloniales du XIXe siècle en Afrique du Nord ou plus récemment avec le langage des jeunes de banlieues. Parmi tant d’histoires linguistiques étonnantes, voici les dix que nous avons eu envie de vous raconter*.

* Les graphies choisies pour la transcription de l’arabe sont celles du Petit Robert.

 

10. Nénuphar

Si certains préconisent la graphie nénufar avec un f, c’est pour une bonne raison ! Le sanskrit nilautpala, signifiant « lotus bleu », a donné nilufar en persan, puis ninufar en arabe. Quand le latin médiéval l’emprunte à son tour, c’est la forme nenuphar qui domine, avec les lettres ph qui sont restées en français. Or, cette graphie ne correspond pas à la transcription habituelle de l’arabe, elle est uniquement due à l’influence du grec nymphea désignant la même plante. C’est donc bien la forme nénufar qui est étymologique. Désormais, vous choisirez comment écrire ce mot en toute connaissance de cause !

9. Mousson

La mousson, vent tropical saisonnier, évoque davantage l’Asie que l’Afrique du Nord ou le Moyen-Orient. Elle doit pourtant son nom à l’arabe mausim « saison, époque fixée », puis « époque favorable pour le voyage des Indes ». Le mot a fait lui-même un long voyage linguistique, passant par le néerlandais, le portugais et l’espagnol sous différentes formes avant d’apparaître en français à la fin du XVIe siècle. Après mouçone et monçon, c’est la graphie mousson, attestée en 1622, qui s’est définitivement imposée. 

8. Chiffre et zéro

Le système de numération indien fut emprunté par les mathématiciens arabes puis importé de l’Espagne musulmane en Europe. Le chiffre zéro fut nommé par les Arabes sifr, mot signifiant « vide, néant ». Par l’intermédiaire du latin médiéval, sifr est devenu en français chiffre, désignant d’abord le zéro, puis toutes les figures du système numérique arabe. Pour nommer une valeur nulle, chiffre fut alors remplacé par zéro, venu aussi de sifr par le latin zephirum et l’italien zefiro, contracté en zero. Les deux mots font partie de la longue liste des termes scientifiques d’origine arabe, comme alchimie, algèbre ou encore algorithme.

7. Seum

Quand certains ados répètent avec énervement qu’ils ont « grave le seum », cela signifie en français standard qu’ils éprouvent du dépit ou du ressentiment. Seum ou sèm est un mot arabe ayant pour sens « venin, poison » puis, au figuré, « jalousie » et « rage ». Avant de se répandre en français dans le langage des jeunes, il s’est d’abord employé dans l’argot des banlieues au milieu des années 2000 et fut popularisé grâce aux textes de nombreux rapeurs, dans lesquels il prend aussi parfois le sens de « drogue ». 

6. Matelas

Matelas est une altération de materas, nom probablement emprunté au XIIIe siècle à l’italien materasso « grand coussin pour garnir le lit ». Ce mot vient de l’arabe matrah « tapis, coussin », de taraha « jeter », parce que les Orientaux étendaient les tapis et coussins sur le sol pour s’asseoir ou se coucher. Cette origine explique le sens premier du mot en français : « tapis sur lequel on se couche en Orient ». De quoi réjouir ceux qui préfèrent poser leur matelas par terre plutôt que sur un sommier ! 

5. Jupe

Quand il a créé ses jupes pour hommes, Jean-Paul Gaultier connaissait-il l’étymologie de ce mot ? Car jupe vient de l’arabe djubbah, nom d’un long vêtement de laine faisant partie de l’habillement masculin. Le mot apparaît en français au XIIe siècle par l’intermédiaire de l’italien jupa, et sert alors à nommer un pourpoint d’homme. Ce n’est qu’au XVIIe siècle qu’il prend son sens actuel et désigne un vêtement de femme, supplantant alors cotillon, que l’on entend encore dans courir le cotillon, expression synonyme de courir le jupon.

4. Hasard

« Un coup de dés jamais n’abolira le hasard », a écrit le poète Mallarmé. Or, hasard a été emprunté par l’espagnol azar à l’arabe az-zahr « jeu de dés ». Son origine est incertaine : il pourrait venir de yasar « jouer aux dés » ou de zahr « fleur », les dés ayant porté une fleur sur une face. En français, hasard a d’abord désigné un jeu de dés en usage au Moyen Âge et c’est de ce premier sens que vient l’expression jeu de hasard. Mais cette référence est oubliée, le syntagme évoquant aujourd’hui les jeux où l’aléatoire est plus important que la stratégie ou l’habileté.

3. Zénith

En astronomie, le point du ciel situé à la verticale de l’observateur est appelé zénith. Mais il doit ce nom… à une erreur de scribe ! Il s’agit en effet d’une mauvaise lecture de zemt, transcription en latin médiéval de l’arabe samt « chemin » dans l’expression samt ra’s « chemin au-dessus de la tête ». Zemt est donc devenu zenit puis zenith avant d’être employé en français au XIVe siècle. Un autre élément de notre vocabulaire vient de samt : le mot azimut, qui vaut lui aussi beaucoup de points au Scrabble ! 

2. Nouba

Synonyme familier et un brin désuet de fête, nouba n’évoque en rien la rigueur militaire. Il fut pourtant emprunté au XIXe siècle à l’arabe d’Algérie nuba qui signifie « tour de rôle » et « service de garde ». Par métonymie, ce mot a désigné la musique jouée périodiquement par les soldats devant les résidences des officiers puis, dans un sens plus général, « concert » et « fanfare, orchestre ». En français, le mot nouba s’est d’abord appliqué à la musique des tirailleurs algériens avant de prendre le sens de « noce, fête » qui s’est répandu dans l’argot militaire durant la Première Guerre mondiale.

1. Café

Quand on dit que l’on va boire un petit caoua, on ignore parfois que l’on fait référence à l’origine du mot café. Apparu au XVIIe siècle, celui-ci vient, peut-être par l’intermédiaire de l’italien caffè, du turc qahve, lui-même pris à l’arabe qahwa qui signifiait initialement « liqueur apéritive ». Or, c’est ce même qahwa, écrit caoua, cahoua ou kawa, qui a été emprunté au XIXe siècle par les soldats français en Algérie pour désigner la boisson et que l’on emploie encore familièrement aujourd’hui. 

 

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